Antoine Dufeu


05.07.2012

Contribution 1

06.07.2012

Contribution 2 (pdf)

08.07.2012

Contribution 3


Proposition de définition du capitalisme.
Capitalisme (n., m.) : une assurance de la perte.


14.07.2012

Contribution 4


Money Think Tank


Abra…
Me voici, en ce 9 février 2012, sur les hauteurs de Longues, à quelques encablures de Vic-le-Comte, là-même où est située la papeterie de la Banque de France. D'ici je peux enfin apercevoir les contours de cet ensemble dont le complément indispensable se trouve à quelques dizaines de kilomètres, dans la banlieue de Clermont-Ferrand, à Chamalières. Là-bas, l'imprimerie de la Banque de France doit notamment produire cette année 1,25 milliard de coupures du nouveau billet de cinq euros, lesquelles iront se répandre, au moins, dans l'ensemble des pays utilisant la monnaie européenne.
Il est 15h30 en cet après-midi du mois de février 2012 et je me demande quels secrets de fabrication cette papeterie peut bien abriter. Car de secret de l'argent il n'y a pas; et ce temple, ici-bas, est vide. L'argent est pur lien social.
Ce matin j'ai assisté à Clermont-Ferrand à l'intervention d'un représentant du service patrimonial de la Banque de France, même pas venu exprès de Paris, à propos des représentations sur les billets de France en circulation entre les années 50 et 80. L’homme a rapporté à cette occasion une anecdote croustillante. Il a raconté que la fille de Picasso lui a permis de reproduire l'image du recto d'un billet sur lequel Picasso aurait dessiné sa première Colombe de la paix. Mais il lui fut impossible d'obtenir le droit de reproduire le verso d'un billet qu'il aurait bien aimé posséder, sans doute pour le retirer définitivement de la circulation des pièces et billets usagers et le faire entrer dans le patrimoine de la Banque de France. Pourquoi? Simplement parce que, paraît-il, Picasso commettait d'innombrables fautes d'orthographe et qu'il ne fallait pas que cela se sache, encore moins que cela s'expose selon cette dame qui a sans doute accepté que la marque de voitures Citroën, qui appartient au groupe PSA Peugeot Citroën, lui verse des royalties sur chaque Citroën C3 Picasso ou C4 Picasso produite plutôt que vendue, à condition sans doute aussi que le patronyme de sa famille soit correctement orthographié sur chacun des exemplaires produit. Une Citroën C3 Picassot ou une Citroën C4 Picassot aurait beaucoup moins de valeur, sauf auprès de quelque aficionado de la marque aux Chevrons.
Moi, ce qui m'intéresse, dans cette anecdote, ce n'est pas tant d'avoir appris que Picasso faisait des fautes d'orthographes que de spéculer sur l'être-de-banquier de Picasso. Car pourquoi Picasso aurait-il dessiné cette colombe, première, sur un billet, qui plus est à la valeur faciale particulièrement élevée? S'agissait-il de signifier que la paix était ou est au-dessus des querelles d'argent et des valeurs économiques? Ou bien Picasso s'est-il fait prendre à son propre jeu, se transformant en cette occasion en un banquier ultra-libéral en puissance?


14.07.2012

Contribution 5 / 14 euros, 1492 signes


24.08.2012

Contribution 6


Deux extraits de Sofia think tank


Sofia think tank appartient à un triptyque formant
les Chroniques bretton-woodsiennes, prélude à Absolument zéro


1. Extrait de Ojjeh


Arthur Gonzalès-Ojjeh, fils de diplomates polyglottes – une mère franco-espagnole et un père égypto-japonais – n’avait-il pas l’esprit incontestablement trop compliqué, ni l’esprit indubitablement trop tarabiscoté ? Arthur Gonzalès-Ojjeh, n’était-il pas de ce genre d’excité postant des messages, anonymes afin d’éviter toute gaffe trop flagrante, sur le premier site de presse automobile français de son temps ?


Pourtant, sans l’ombre d’un doute mais certainement pas sans le moindre doute, Arthur Gonzalès-Ojjeh – il est 19h35 en ce dimanche 21 août 2011 – se prend d’admiration pour toute accélération. S’il aspire à prendre le monde de vitesse cela signifie sans doute qu’il cherche à tracer son propre chemin à l’heure où ni les valeurs économiques ni les valeurs esthétiques ne peuvent être l’objet d’une évaluation absolue, fixe, universelle et qu’il reconnaît en Sofia un lieu parfait pour y faire progresser sa recherche.


Tout est possible. Ici tout est toujours possible et reliable parce que Sofia est une mèche. Un jour, lorsque nous aurons pris le monde de vitesse, lorsque le monde se sera arrêté net, nous rirons. En un ou plusieurs points se croiseront les plans de l’économie et de l’esthétique créatrice en dehors des préjugements d’indécence ou de cynisme puisque l’on aura alors vu que jamais «la société» n’aura été gouvernée par l’argent si ce n’est aux yeux des réactionnaires de tout bord puisque jamais l’argent n’aura été Tout mais simple équivalent souvent commode. Un jour, le capitalisme au service de toutes et tous, de qui en voudra bien, cessera d’effrayer les tenants d’un romantisme révolutionnaire où le personnalisme, à la française, le dispute à la volonté inconsciente de seulement tout organiser autrement.


À suivre les pérégrinations d’Arthur, visiblement, le monde entier se trouverait, se lirait, se retrouverait et se réfléchirait à Sofia : il est vrai que la pauvreté la plus extrême y côtoie le luxe le plus bling bling, les trottoirs défoncés les feux d’artifices les plus hebdomadaires et privés ; la liberté y est sauvage : son sentiment y est l’associé immédiat de la mort pendante en tout point. Tout trajet Est-Ouest, quel qu’en soit l’itinéraire, s’y vit comme une schize totale.


À défaut de concevoir un bonheur commun, sans doute est-il possible d’imaginer à Sofia un nouvel équilibre mondial possible tant le déséquilibre mondial actuel y est cruel.


Arthur Gonzalès-Ojjeh écrit, décrit, prescrit ; c’est dire si tout se transmet, se partage, se rejette ou s’inocule à toute vitesse alors même que la douceur de vivre si proche de celle de Rome pourrait laisser supposer le contraire exact : ceci est la formule magique de Sofia !


Les boutiques églises égales des banques mirifiques et des tiroirs ou trottoirs à double-fond ne sont que les alliés protéiformes de cette équation détonante qui, comme dans un western ou dans un livre de Dostoïevski, remet à chaque instant, sans cesse, en jeu ou en question la valeur d’une existence en balance avec les valeurs d’existences grégaires mesurées à l’aune de la famille, du clan, du parti, de l’entreprise, du club, du pays, de la géopolitique ou… de l’individu.


Pratiquement prêt à s’élancer dehors, Arthur Gonzalès-Ojjeh parcourt l’appartement de long en large, s’assure que toute fenêtre et porte-fenêtre à l’exception d’une seule est maintenant fermée.


Comme le sentiment de liberté est ici exacerbé que je me livre au sadisme ou au masochisme le plus subtile ou le plus grossier ! Et comme l’argent, supplicié entre valeur d’usage et valeur d’échange, cogne ici comme partout au monde, mais sans doute plus durement. Des vieilles et des vieux y survivent de retraites ridicules lorsque d’autres s’y battent pour récupérer puis partager vaille que vaille leurs anciens biens souvent délabrés sauf s’il s’agit de reposséder une mare perdue des Balkans occupées par des grenouilles ! Ici aussi, entre gens de bonne culture, on s’entretue symboliquement parce qu’on se demande « mais d’où vient l’argent ? » pour finir bien souvent par diagnostiquer que l’argent manque alors que, merde, l’argent ne manque pas. S’il y a bien quelque chose qui ne manque pas, ici comme partout, c’est l’argent : l’argent ne manque pas ; l’argent se fabrique et se distribue selon des logiques économiques et politiques, point barre ; et tant pis pour la postérité fiévreuse et inquiète de ce satané succédané à la politique qu’est la valeur refuge or dont on vient pourtant de célébrer les quarante ans de l’enterrement en catimini par un homme politique américain de droite, ceci expliquant sans doute cela, et en partie seulement le foutraque mondial – fruit de la mondialisation et de l’égalitarisme névrotique – actuel. Sûrement le bancor a-t-il encore de quoi faire rêver…

2. Extrait de Sofia agora


— Why did you had a glance at the central bank, Tony?
— Because people are not interested in central banking.
— Why should people take care of it? Are you aware of the world’s current economic situation? It’s a real big fucking mess that Central banks are unable to solve.
—I agree. But Central banks can’t solve it because they are not representing people.
— People are represented by states not by Central banks.
— What a pity!
Pause.
We should be the Central bank. All of us should be the world’s Central banks. All the Central banks of the whole world should belong to the people. Only commercial and investment banks should go private.
— You’re so romantic, Tony.
— Do you really think so Arthur? I mean why did you have a glance at the Central bank too a few minutes ago? Just in an aesthetic way?
— No, to imitate you.
— Exactly. That’s why money belongs to socials. That’s why Central banks have to be controlled by states or finally by people.
Silence.
— I was just thinking: it’s insane, we will soon be approximately 7 billion people living on earth. But only 2% of us got 25% of the total wealth. Either it’s insane or it seems so.
— I think it’s both of them. Money’s wealth is just as any other wealth, it is a myth and a language. Either we share the same language or we don’t.
Pause.
— I understand your point of view. But don’t you agree that there’s a global issue on this subject?
— Of course I do!
Pause.
By the way, what do you think Arthur? Does money lack here or there?
— I would say “yes”, of course money lacks so much nowadays!
— Guess what! We could imagine so. But it is just false. Money does not lack. Money is as simple as a social link between all of us. It can not lack. It just exists like the infinity. So, the only thing we have to do and to think with money is how we produce it and then how we share it. And that’s it.
Pause.
As we are just standing outside the Bulgarian National bank, we could ask some policemen who are keeping this big house build in 1934 what they think about all the billions of coins and notes that have been accounted there, even during the communist reign.
— It’s up to you Tony, but I really don’t understand why it could be of any interest.
— For sure we will discover that money does not lack. Money is money and it is not lacking.


Arthur Gonzalès-Ojjeh looks at his watch. Then, on his own.


— Lacking! lacking! lacking! Money does not, does not lack if Gertrude Stein is just one of the most important poetess of the twentieth century even if we now belong to the following one, the following world, coming either from 1789 or from 1989.
Pause.
— So many times in my life Arthur I have realized that there’s enough money, enough space, enough running water, enough electricity, enough gas thanks to pipelines all over the world for everybody leaving in this wild wide world as soon as we produce and distribute all that stuff. The only interesting question nowadays isn’t “to be or not to be” anymore but “to share or not to share” anymore?


24.08.2012

Contribution 7


MZR,
prélude au projet LIK


Mois de janvier 2012


Capital premier
Un Paris-Brest


M Z R mon zombie roule.


Le 24 décembre 2007 au soir j’ai pris le train. Prendre le train est d’une banalité extrême pour un homme de mon époque, de mon âge – j’avais alors déjà 30 ans –, et de ma condition – grosso modo j’habite alors Paris mais ma famille se trouve dans l’Ouest de la France, en Bretagne. Noël cela se fête encore et toujours, bien trop systématiquement, en famille. Au mieux on s’emmerde grave, au pire on finit par se déchirer pour un oui ou pour un non.


Pour prendre le train ce soir-là, j’ai d’abord dû me rendre à la gare Montparnasse un jour de grande affluence. Avant cela, j’avais dû faire un choix : m’y rendre en taxi, en transports en commun ou bien en utilisant mon propre scooter. J’avais plusieurs jours auparavant rapidement éliminé cette dernière possibilité tout simplement parce qu’il était prévu que je reste plusieurs jours durant en compagnie de ma famille, en Bretagne, ou, plutôt, parce que je n’avais ni pris ni eu le temps d’étudier puis évaluer les plusieurs scénarios et risques associés au fait de laisser ce scooter des jours durant à proximité de la gare ; ce qui ne constitue sans doute un comble, eu égard au professionnel du calcul de risques que je suis, qu’aux yeux, et aux leurs donc seulement, de tous ceux et toutes celles qui estiment qu’il s’agit d’avoir la peau de tous les traders et de toutes les tradeuses du monde entier. Cela dit en passant une telle opinion relève davantage du slogan de supermarché que d’une quelconque pensée «de gauche».


Roule roule mon zombie roule. Roule mon zombie; roule !


J’imagine que le très saint esprit d’Ignace de Loyola conviendrait aujourd’hui avec moi qu’il s’agit de prononcer trois fois de suite {0} pour tenter d’ouvrir, peut-être, la succession des années qui filent et s’enchaînent toutes à l’identique ou presque depuis l’Hégire, année n°622 de l’ère chrétienne dont le même Ignace se fit tantôt le chantre tantôt le gourou sinon les deux à la fois. Pourquoi ? Simplement parce que les suites comptant deux {0} sont déjà toutes réquisitionnées par des débits de boissons alcoolisés afin de les désigner ou annexées par des mathématiciens idéalistes en proie au doute métaphysique, lequel fait d’ailleurs rarement bon ménage avec le moindre abus de solide ou de liquide ingurgité par la bouche.


Mon zombie est double, triple, quadrupète. Et s’il s’agissait d’un vaudou ?


Au bureau, à l’époque, rares étaient les beuveries au champagne. Mes collègues comme moi avions à peine l’envie de boire une ou deux bières en quittant le travail, à La Défense, sur le coup de 22 heures.


Roule roule mon zombie roule ; à toute vitesse : j’enchaîne les phrases le plus rapidement possible sans jamais me relire.


J’avais finalement choisi, davantage contraint par la hantise de rester coïncé – conséquemment pester à l’intérieur de l’habitacle d’un véhicule dont je n’aurais même pas pu choisir la marque, encore moins le modèle – que par le montant de la course potentiel élevé, de prendre les transports en commun. J’étais monté à bord d’une rame de la ligne n°1, avais changé à Charles-de-Gaulle Etoile pour la ligne n°6. Tout s’était bien passé et goupillé.


MZR mon zombie roule. Que mon zombie roule donc et qu’il continue de rouler. Je ne saurais seul l’en empêcher.


En fin de journée du lundi 24 décembre 2007, je prenais donc le train. Je le premais avec mon frère, ma belle-sœur et ma compagne d’alors ; direction la Bretagne. Nous allions ensemble y rejoindre ma mère pour y passer Noël et la fin de l’année. Mon père était décédé quelque un an et démi plus tôt alors qu’il n’avait encore que 71 ans. Ces quelques jours de congés tombaient à point nommé, notamment pour mon frère et moi qui travaillions tous les deux, comme par un simple fait du hasard, dans le milieu de la finance. Ces quelques jours allaient nous permettre de décompresser du quotidien aussi harassant que routinier.


Tout le monde l’aura compris : mon zombie roule. Il n’est pas le seul à rouler car le zombie de chacun d’entre-nous roule ; il roule toujours même s’il s’arrête parfois; tout cela est préférable.


Je n’ai pas souvenir d’avoir vécu jours plus heureux, ma vie durant, que ces derniers de l’année 2007. Tel est tout cas le message que j’avais voulu faire passer dès les premières lignes de ces Mémoires d’un trader sorties au mois de mai 2008 chez l’éditeur français Flammarion. Peut-être pourrait-on remettre en cause pareille assertion. Car, enfin, qu’aurait-il donc pu y avoir de si heureux durant ces jours ayant précédé le scandale qui allait éclater dans les premiers jours du mois de janvier, faire la une des médias pendant de longues semaines et m’entraîner en prison si ce n’est un petit pincement au cœur du genre de celui que l’on pourrait ressentir en lisant un roman d’amour empreint, au mieux, de mélancolie ? Ma vie, depuis toujours, n’avait pas été triste ; ni triste ni insignifiante. Elle avait seulement été maintenue depuis plusieurs années déjà à l’identique à l’instar, je l’imagine, de celle de millions voire de milliards de mes semblables de par le monde entier, sous perfusion par le tout relatif confort d’existence que me procuraient mes revenus, mes revenus de trader en l’occurrence. J’avais légitimement eu besoin d’un peu de repos en ces jours-là, après des mois de travail éreintant, un repos que je savais pertinemment et forcément hypothéqué par l’ensemble des niaiseries de Noël (hotte et bonnet de père Noël commis d’office), mais un repos du simple fait de n’avoir pu trouver meilleur moyen de le trouver.


Moi qui suis un spécialiste de la finance sans énorme patente évidente, grosse comme un potiron de dix kilos, je peux vous assurer que nos zombies roulent ; ils roulent même vite, extrêmement vite.


Malheureusement, mon père depuis quelques années déjà disparu ne peut pas corroborer mon propos lui qui compta énormément toute notre vie commune durant, lui qui me parla souvent des natures mortes, par exemple des pommes bien vertes qu’il veillait tout au long de l’année à disposer devant la tableau d’une nature morte héritée de ses grands-parents et exposée dans la salle à manger de notre maison. Ce n’est que récemment, dans le quartier VIP de la Maison de la Santé de Paris, que j’ai commencé peut-être à percevoir ce qu’il avait tenté de me transmettre. D’ailleurs, peut-être aussi que ses tentatives n’y furent pour rien, ou presque rien, et que c’est plutôt la conjonction ou l’association d’autres phénomènes vécus dans cette prison qui m’ont enfin permis de regarder des natures mortes.


Je n’en sais rien des vôtres. Quant au mien, je m’interroge : et si mon zombie était un moteur conçu et construit par la marque automobile Mazda ?


Sûrement n’est-ce pas un hasard si j’avais au tout début des Mémoires d’un trader insisté assez fortement sur ma famille, sur son importance, sa place et le soutien qu’elle m’a apporté tout au long des différentes épreuves que j’ai dû traverser depuis le mois de janvier 2008. Ma mère est de nationalité française et née en France. Mon père eut la double nationalité franco-polonaise ; il fut né en Pologne. Tous deux ont montré à mon frère et moi la possibilité de vivre harmonieusement en famille. Tous deux n’hésitaient jamais à bricoler ni même à associer des matériaux de toutes sortes, du bois au plastique sans mépris aucun. Ces éléments, d’ailleurs trop peu relatés dans la première version de mes mémoires, ne sont pas anecdotiques parce qu’ils m’ont peut-être permis, petit à petit, de considérer la disparition de la faune et de la flore comme aussi naturelle que celle des êtres humains. Leur prorogation perpétuelle conceptuellement tout autant. Hors de question que l’être humain déçu du capitalisme transferât sa déception sur la faune et la flore par écologie interposée.


Roule roule mon zombie roule de 22 à 23.


Ce que ne révèlent pas non plus mes mémoires premières du nom, officielles, mémoires chiffonnées, publiées quatre mois environ avant que le jugement de mon procès fut rendu le 5 octobre (1), probablement écrites par un « nègre » puisque n’ayant aujourd’hui pas mémoire de les avoir écrites moi-même, c’est mon intention, alors, de démissionner de mes fonctions à la Société Générale dans le courant de l’année 2008. Oui, depuis plusieurs mois j’avais planifié cette démission. J’attendais juste le moment le plus opportun pour prendre congé après avoir soldé les lignes de comptes que je gérais et avant d’avoir pris mon solde de tout compte auprès de mon employeur. Je n’ai donc pas eu le loisir de démissionner, pratique somme toute tentante tant il me semble que jamais les velléités de démission n’ont été aussi fortes qu’aujourd’hui. Franchement, combien de personnes sont-elles actuellement satisfaites de leur travail ?


J’aurais sûrement souhaité, à travers la réécriture de mes premières mémoires, rendre compte de la critique de ces premières. Mais pas seulement. Critique autant que réécriture de la précédente, la nouvelle version de mes mémoires se serait voulue nettement plus palpitante et plus intime. Dans la première je n’ai pratiquement rien dévoilé de ma vie personnelle, ni de ma plus tendre enfance ni de mon plus âpre présent. Aussi aurais-je peut-être par exemple décrit sans retenue ni faux-semblant les sentiments qui furent les miens lors de mes premières périodes de détention. J’aurais livré à mes lectrices et mes lecteurs, à peine retouchées, les bribes de testament que j’écrivis une nuit durant, la deuxième de toutes celles que je passai emprisonné après avoir supplié plusieurs heures mes gardiens de me donner du papier et des crayons afin d’en jeter les bases. J’aurais expliqué des pages entières comment je ne parvins pas, plusieurs jours durant, à rédiger un testament définitif dont j’avais pourtant trouvé le titre – un testament est toujours un exercice littéraire donc un exercice de style – Palimpseste testamentaire. J’y aurais exposé comment ma première et unique tentative de suicide n’eut jamais lieu que dans un livre de comptes, livre que j’avais imaginé déposé sur la table de chevet de millions d’autres individus qui, à mon instar autant qu’à mon corps défendant, écrivent si tant est le leur propre sinon le vivent chaque jour.


Mon zombie est apparu dans le courant de l’année 2008 ; je ne l’avais auparavant jamais rencontré. Sinon, je ne lui avais jamais prêté la moindre attention, ne lui attribuant même pas mes plus banales ou minimes déconvenues tant j’étais tenté de tout prendre sur moi, de tout porter sur mes épaules, ou de renvoyer parfois le tout embarrassant sur celles d’un autre ou d’un paquet d’autres, ce que l’on appelle aussi couramment ou judicieusement un système.


En ce début d’année 2012, l’idée m’est d’abord venue d’écrire à nouveau mes mémoires, soit mes mémoires nouvelles ou mes mémoires étendues, élargies aux domaines de l’amour et du sexe, de la politique et de l’économie, de la science et des techniques ou technologies, des savoirs et des cultures, avant que ne se joue, dans quelques mois, mon procès en appel devant la cour de Paris dont les dates ont été fixées au mois de juin 2012, du 4 au 28. Mais je me suis rapidement ravisé. Le temps de devenir écrivain ne me semble pas encore venu.


Roulent mes zombies roulent !


Lors du procès en appel, j’ai d’ores et déjà décidé de n’évoquer en aucun cas le volant financier de cette «would-be» affaire partout présentée comme un scandale. Pour tout ce qui concerne directement l’affaire et son appel, mon avocat est payé pour ça. Cela me permettra tout au long – chaque fois que la parole me sera donnée – de disserter sur mon rapport à la bouffe, lequel fut simplement et bonnement ignoré tout au long de l’instruction judiciaire. Ce n’est d’ailleurs que très récemment que je m’y suis moi-même intéressé sérieusement et que je l’ai relié à la panique dont a été saisie la direction de la Société Générale en début d’année 2008 – panique qui la poussa à découvrir autoritairement et bêtement mes positions sans l’ombre d’un doute mais au prix d’un perte de 4,9 milliards d’euros dont elle me rendit aussitôt – en l’espèce (je pèse mes mots), dans le cas qui nous intéresse, en toute impunité – responsable et qui ne l’empêcha cependant pas de clore un excercice 2007 largement supérieur à 900 fois zéro zéro zéro zéro zéro zéro et de le doubler l’année fiscale suivante pour atteindre les deux milliards d’euros.


Capital deuxième
Une pugnacité rédhibitoire


On a souvent voulu faire de moi, chercher à faire de moi, le portrait d’un homme d’aujourd’hui, d’un financier avide de fric et d’argent, seulement intéressé à l’apas du gain. Evidemment, un tel portrait scelle davantage qu’il ne brosse surtout celui ou celle qui l’aura fait dans le sens de ses poils car il ne correspond nullement – je répète bien : nullement – aux idées qui sont les miennes et que j’ai toujours peiné à réaliser. Que des idées me manquent donc encore, voilà le seul méfait que je peux avouer et, même, dont je peux me prévaloir. Voilà surtout de quoi abroger en chacun de nous cette culpabilité dévoreuse de l’esprit occidental que le psychanalyste Pierre-Henri Castel tente d’identifier depuis des années déjà – qui sait pour mieux la congédier ? – et dont il a entamé l’histoire dans le premier tome paru il y a à peine quelques mois maintenant de son dernier livre intitulé Obsessions et contrainte intérieure de l'Antiquité à Freud - Volume 1, Ames scrupuleuses, vies d'angoisse, tristes obsédés.


Où sont mes censeurs d’hier, d’aujourd’hui et de toujours qui ont bien dû penser que le don m’était complètement étranger, que je ne pouvais agir que par et pour l’argent alors que je suis comme tout le monde donneur autant que donné et que j’étudie l’actualité du don à l’aune du monde tel qu’il est.


Oui, moi aussi je donne. Moi aussi j’ai donné et je donnerai. Moi aussi je suis un capitaliste et un communiste qui n’a plus peur de se cacher ou de s’afficher et qui compte juste discuter avec ses contemporains, l’ensemble de ses contemporains, même ceux que l’on force à voter par autocars entiers et à cocher des bulletins de croix et dont on dit parfois qu’ils prennent les voix d’autres qui votent, qui ne votent pas ou plus, ceux-là même qui s’interdisent aussi, à leur manière, de pratiquer toute politique active. Je donne donc ; j’aime aussi donner. Les occasions de donner me semblent d’ailleurs plus nombreuses qu’il n’y paraît habituellement. Si je donne, je peux et veux aussi voler grâce aux 12 000 avions – à quelques unités près – de l’heure actuelle répertoriés dans le monde entier. Mais je devrais ajouter, s’il y a toujours un « mais », les avions de chasse ; peut-être même les sous-marins majoritairement militaires au détriment de la recherche scientifique ?


Ceux qui ont lu mes Mémoires d’un trader le savent déjà : je ne vis plus depuis longtemps déjà avec Julia, la femme avec laquelle je vivais lorsque « l’affaire » a éclaté. Tant mieux. Elle a trouvé foyer à son aise avec l’un de mes anciens amis, Rémi, trader lui aussi. Ainsi donc les liens du sang ont-ils en l’occurrence mieux résisté que les autres car, outre l’amour, j’ai également perdu à travers cette affaire tous mes amis sans exception, les uns après les autres. J’ai toujours préféré vivre seul sinon avec un bout de bois plutôt qu’avec un être humain marchandisé. Manifestement Rémi et Julia, à l’époque du moins, en étaient. Il est juste de rappeler que les épreuves sont toujours des moments de vérité terrible. Et « notre » affaire ne fit pas exception à la règle, pas sur ce point-là en tout cas. De ce que j’en sais Rémi et Julia vivent heureux, tranquilles. Lorsque j’avais rencontré Julia j’avais de suite annoncé une excellente nouvelle à mon ami Rémi : Julia était la femme de ma vie. Entendons-nous sur cette expression de « femme de ma vie ». Etant hétérosexuel, je ne risquais pas de vivre ma vie amoureuse, et sexuelle, avec un homme. Plus important, cette expression désignait une histoire débutant qui ne finirait pas, a minima, avant la mort de l’un de ses protagonistes. Ni plus ni moins. Rémi, dès sa première rencontre avec la magnifique Julia, l’avait collée, faisant comme si ni elle ni moi n’existions, faisant comme si une femme ou un homme – aka un être vivant – équivalait exactement à un autre être vivant, comme ces objets que les êtres humains ont appris à fabriquer en très grande série. Et Julia, sans doute entraînée par les difficultés d’une vie, la nôtre, avait fini par rompre avec moi alors que je n’aurais sans doute pas été contre un rapport à trois. Evidemment, il n’en fut jamais question et personne ne me demanda jamais mon avis : je fus simplement congédié – décidément – et mis devant le fait accompli : je n’avais plus qu’un choix : vivre ou mourir.


C’est un peu pareil avec l’œuvre de Pessoa. Toutes les analyses que j’en ai lues jusqu’à présent sont à la fois d’une platitude et d’une morale affligeantes. Elles finissent toujours par prendre Pessoa pour un imbécile ou pour un moraliste à la petite semaine. Or Pessoa, si je ne m’abuse, était de son métier un comptable, soit un scribe, non pas un moraliste carriériste. Pour avoir commencé d’écrire un Faust mémorable, il était aussi un chrétien émérite bien que très probablement athée sinon potentiellement athée. La question posée par l’œuvre de Pessoa, dans son propos comme dans sa forme, ne consiste certes pas à savoir si tel ou tel de ses pseudonymes au caractère comme ceci ou comme cela était plus ou moins proche du caractère et de la « véritable personne » de Pessoa ; elle ne consiste pas non plus à s’interroger sur la multiplicité des personnalités de Pessoa qu’il n’aurait rien trouvé de plus intelligent que de révéler et exprimer à travers l’œuvre de tel ou tel de ses pseudonymes ; toutes ces questions n’ont absolument aucun intérêt pour un auteur de sa trempe. Car Pessoa a questionné la notion d’auteur en rapport à l’infini ce qui devrait d’ailleurs au moins parler à quelque apôtre de la culture française puisque quelqu’uns des poètes qui en ont utilisé la langue peu de temps avant lui (Lautréamont, Mallarmé, Rimbaud, chacun à leur manière) avaient déjà porté cette question à une intensité vive.


Combien de commentaires oraux comme écrits autour de « mon affaire », ont-ils finalement fustigé, chacun avec leurs mots différents : « le rendement a tout pris ». Ils confondent dans le texte – tantôt beaux penseurs, tantôt très peu diseurs, tantôt encore trop peu harders de la finance – l’action de prendre avec celle d’estimer. Si prendre peut-être limité par quelque phénomène physique, l’estime est potentiellement sans début ni fin parce qu’il s’agit d’un jeu a priori ni bon ni mauvais.


Je risque la mort à savoir à peine si j’aime rouler vite. Et je risque une existence jamais heureuse à enchaîner jour après jour, milli-seconde après milli-seconde, poncif à caractère financier sur poncif à caractère financier pour me retrouver, en plus, dans quelques mois peut-être, dindon de la farce politico-économique actuelle, surpassant ainsi les mésaventures de Bernard Madoff sans en avoir rétiré ni plus ni moins que la jouissance quotidienne de vivre. Alors, moi qui ne veux ni qui ne peux m’empêcher de rouler, j’affectionne la manière dont mon zombie roule sans me concerter, son genre à négocier seul quelque virage alors même que je suis, pourtant, en train de me diriger ou d’entraîner avec moi quelques autres ou bien en plein brouillard ou bien au milieu de millions d’autres véhicules mûs par d’encore plus nombreuses combustions internes localisées non pas dans des chambres jamais de compensation mais dans des chemises – c’est dire des tubes de bloc-cylindre dans lesquelles coulissent un piston – où des gazs brûlent avec une vitesse de front de flamme inférieure à celle d’une exposition, à moins que quelque chose disfonctionne. Mais je risque paraillement la vie chaque fois qu’à pied – toujours à pied – moi ou mon zombie taillons une trajectoire au millimètre ; trajectoire que je sais toujours moins affûtée à vélo, jamais ou presque maîtrisée au volant d’une auto, même sur circuit fermé. En train, la question ne se pose pas car la trajectoire est fixée, déterminée d’avance et ne peut changer que si le train déraille ; à moins que je ne me remette à marcher à l’intérieur de ses voitures ou de ses wagons.


Capital troisième
Une Europe


En ce mois de janvier 2012 continue d’être évoqué le risque de disparition, l’abandon possible pour certains, souhaitable pour d’autres, de la monnaie européenne, l’euro. En ce mois de janvier 2012, dans une Hongrie maintenant tenue par le dénommé Viktor Orbán, premier ministre dans son état, un drapeau européen a été brûlé. Il n’est pas si loin de nous le temps où l’Europe se déchirait de larmes et de sang. Ça craint. Mais c’est surtout moi qui crains pour l’Europe et le monde car je me souviens de 1914, de la deuxième guerre mondiale, des funestes années 90. En ce mois de janvier 2012, nombre de mes concitoyens et concitoyennes se gargarisent en ce temple de la bien-pensance qu’est l’entreprise facebook de la pugnacité d’une journaliste qui a enfin tenu tête à Marine Le Pen devant des caméras de télévision, réussissant même, pensent-ils, à la faire vaciller. Pourtant, ce qui vacille serait plutôt l’Europe, la démocratie en Europe, notre conception et notre rapport à l’argent, à l’économie, à la monnaie en tant qu’institution, notre égalitarisme idéologique. En cette occasion télévisuelle c’est surtout à une joute journalistico-politique que l’on a pu assister, c’est un face-à-face que l’on nous a montré, c’est un combat de coqs qui nous a été proposé. Et pendant ce temps-là, jamais Marine Le Pen, candidate parmi d’autres à l’élection présidentielle française n°2012, n’a obtenu autant d’intentions de votes, d’après ce que les sondages quotidiens nous disent.


Il s’agirait de réfléchir à ce que sont un « face-à-face » et une « pugnacité », autant de théories cachées toutes contraires, par exemple, à la théorie du mahdi dans le sunnisme comme dans le chiisme qui ne nous ne seront donc d’aucune utilité pour les temps actuels puisque, faut-il le rappeler, le monde entier n’est pas calé sur un seul et unique calendrier si ce n’est en matière de business. Que les premières estampes chinoises sont parvenues en Europe comme emballage de marchandises n’est sans doute pas un hasard et plutôt signe positif. En poste des années durant dans le monde de la finance – lequel m’a puissamment rejeté alors même que toute société me condamnait d’avance – j’ai pu comprendre qu’il serait utile, peut-être même intelligent, de considérer la finance actuelle en tant qu’emballage. Alors nous pourrions en admirer les techniques sans préjuger de la moralité de ceux et celles qui l’entretiennent, la renouvèlent ou la servent. Alors nous pourrions également observer les marchandises qu’elle emballe. Alors nous pourrions nous intéresser aux trajets et trajectoires de ces marchandises et de leurs emballages. Autant de théories que je n’ai évidemment pas pu développer lors de mon procès devant la 11e chambre correctionnelle de Paris présidée par Dominique Pauthe. Autant de théories que je n’ai évidemment jamais vues ni contestées ni étudiées par mes supérieurs hiérarchiques ou par les rebelles auto-déclarés de tout bord et de toute confession. Quelle que soit l’issue de l’appel interjeté par mon avocat, Maître Metzner, je sais maintenant ce que je ferai dans les mois, peut-être les années, à venir : je tenterai de développer des théories – notamment économiques et politiques – nouvelles et, pour cela, tisserai autant se faire se peut ou autant qu’il me sera permis de le faire par les autorités judiciaires et pénitentaires, liens et rapports sociaux avec des chercheurs, avec n’importe quelle personne prête à discuter de ces sujets et d’autres ensemble.


Maintenant on peut me présenter ainsi : j’ai une double dette. La première s’élève à 4,9 milliards – moins des poussières – à l’égard de la Société Générale. La deuxième est morale et peut se résumer comme suit : « tout le mal fait à l’encontre du pays dont je suis le citoyen et plus particulièrement à l’encontre de son économie ». Cette double peine je l’anticipe ici à mes risques et périls – prochainement ramenée, du seul point de vue financier, à une seule et unique se soldant par le règlement d’un ou de un plus un euro symbolique par la décision (que l’on aurait désigné en d’autres temps autres mœurs comme opération magique) de la Justice de ce pays, nommément la France. Même réduite à cet euro symobolique jamais je n’en ferai l’amende honorable. Ce serait me plier à ce que d’aucuns continuent de qualifier de capitalisme, confondant celui-ci avec le libéralisme, et ce dernier avec le fascisme dans une bouillabaisse indigne de la civilisation marseillaise. Cela reviendrait à nier les immenses vertus de la finance auxquelles je ne renoncerai jamais. Ce serait réduire ma personne et mon existence à une marchandise que je ne suis pas, à une institution que je ne suis pas non plus. Dans ce vaste blougi boulga je ne serais pas le seul emporté ; c’est toute la société française qui serait concernée directement, le monde entier à moindre escient. Il sera toujours plus naturel d’être quelque chose plutôt qu’une marchandise, d’être rien plutôt que quelque chose moins nécessaire que rien. S’il faut absolument un exemple, en voici un. Si lorsque vous prenez le train et que vous avez oublié votre carte d’abonnement, la SNCF vous met en demeure de payer et régler sur le champ – sous peine agravée de la voir augmentée – une amende forfaitaire mettons de dix euros, ce n’est pas parce que la finance existe ; c’est plutôt parce que la SNCF a décidé de vous faire payer le coût et les intérêts de la fabrication, par ses soins, de fausse monnaie immédiatement diluée dans la masse de monnaie en circulation dont vous-même profitez ou jouissez chaque instant. Ce n’est donc pas non plus parce qu’il existe un marché de devises ; ce n’est pas non plus en raison de l’existence de la possibilité de vendre et d’acheter l’imaginable plutôt que l’inimaginable sur des marchés à terme. En termes moraux, c’est parce que la SNCF a décidé de vous sanctionner et de fabriquer de la fausse monnaie sur votre personne alors absolument réduite à un compte en l’espèce plus facile à insérer dans un compte de résultat – la comptabilité en partie double se trouvant prise au propre piège de ses règles à double tranchant – ou sur un marché financier que s’il s’était agi de vous proposer et peut-être vous servir un café tiède dans le Téoz – déjà dénommé et renommé Intercités – à l’intérieur duquel vous vous êtes fait prendre, à l’intérieur duquel s’est déroulée cette scène. À la différence près que vous n’êtes pas soumis à la condamnation, certes suspensive, de trois ans de prison fermes.


Hormis payer, toutes choses égales par ailleurs, une amende de 10 euros à la SNCF, à quoi pourraient bien me servir aujourd’hui, en pleine crise financière, 100 000 euros sur un compte en banque ? Simplement à démontrer par concrétude que la crise qualifiée de financière par toute la Terre n’est pas aussi fondamentale, profonde, terrible, qu’il y paraît. Car si la crise dite financière manifestait par elle seule l’inanité d’une finance coupée de l’économie elle aussi dite réelle et si ladite crise financière présentait un caractère historique original au point de peut-être faire basculer le monde dans un autre monde, moins soumis au supposé diktat de la finance, alors comment expliquer l’existence et surtout l’efficacité de contrats permettant à 100 000 euros d’être garantis contre toutes les crises financières… à moins que le monde n’implosât physiquement ? Certainement traversons-nous une grande crise financière, simple équivalent, par exemple, de celle de 1929. Certainement cette crise pourrait-elle encore avoir des répercussions politiques fortes ; seulement elle présente économiquement la vertu de nous faire sentir sans doute pour la première fois de l’histoire l’infini. Ce qui nous oblige à penser plutôt qu’à penser sinon nous oblige à ne pas penser (ce qui constitue une souffrance, quasi indicible, pour tout être humain), d’autant qu’hormis ceux qui sont déjà au ban de la société (soit des millions, des milliards), personne ne va crever de faim ou de soif à cause de son surgissement.


Ainsi donc hormis payer, toutes choses égales par ailleurs, une amende de 10 euros à la SNCF, à quoi pourraient bien me servir aujourd’hui, en pleine crise financière, 100 euros ou 100 000 euros sur un compte en banque ? Si telle est la question, j’ai envie de répondre : à rien. L’argent ne manque pas et ne manquera jamais ; seulement, dans les infinis, l’argent n’a pas de limite.


Envoi


Le mois de janvier s’achève et avec lui l’intermède que constitue cet MZR qui, comme exercice voire contrainte littéraire, entre L’Engrenage Mémoires d’un trader et la réécriture de cesdites mémoires, n’avait donc qu’une durée de réalisation limitée à celle – admise, légitime, légale – de ce mois de janvier 2012.


Si cet exercice fut ainsi soumis aux aléas de toute production littéraire, l’écriture de MZR fut cependant des plus agréables, pour ne pas penser «jouissive» : écrire ne sera jamais pour moi un pis-aller quand bien même un de mes métiers.


Pour ces raisons auxquelles s’ajoutent le rendu prochain de mon procès en appel et d’autres considérations littéraires – dont j’ai pris le parti de ne pas avoir le loisir d’étaler ici – j’ai demandé à un ami à peine rencontré, Arthur Gonzalès-Ojjeh, d’entreprendre l’écriture d’un livre dont le titre somme toute encore provisoire eut été Nouvelles mémoires d’un trader.


À ma grande joie et à mon grand honneur, il a immédiatement accepté même s’il n’a jusqu’à présent, tout comme moi il y a plusieurs mois, jamais commis que des rapports financiers pour des supérieurs hiérarchiques bien trop souvent imbus de leurs propres personnalités joyeusement multiples. Mieux, il m’a même déjà proposé un titre, définitif et fameux à la fois. Je me suis dépêché de l’accepter. No mercy.



(1). « Ses actes ont porté atteinte à l'ordre public international ». Mon zombie était là, lui aussi, assis comme moi dans la salle d'audience, ce 5 octobre 2010, lorsque le verdict fut rendu. Quel imbécile aussi celui-là, parfois !


28.08.2012

Contribution 8


1 annexe
11 propositions
2 spéculations


Spéculation n°1 –
Depuis le 15 août 1971, date symobolisant la séparation définitive entre l’argent et tout référent matériel, « avoir de l’argent » n’a plus la même signification. Et la littérature a repris du poil de la bête.


Proposition n°2 –
« Nietzsche, s’il avait passé une partie de sa vie à Saint-Malo plutôt qu’à Nice, ne serait pas devenu fou et l’histoire du siècle passé aurait été différente » : voici une citation anonyme syntaxiquement intéressante, anti-historiquement stimulante et logiquement fausse. Il s’agira de le démontrer ultérieurement.


Proposition n°3 –
Ce n’est pour rien qu’est attribuée à un Italien « l’invention » de la comptabilité en partie double (1). À l’époque, à Venise, la monnaie commençait déjà à excéder de partout; il fallut que l’écriture comptable s’adapte pour tout faire rentrer dans les comptes. Aujourd’hui encore, la comptabilité en partie double semble suffire au capitalisme actuel ainsi que la finance débridée. Peut-être semble-t-elle seulement suffire car l’abondement défaille manifestement à l’échelle mondiale. Masques, miroirs, fard et falbalas pour toutes et tous !


Spéculation n°4 –
Louise Boivent, hétéronyme de l’auteur de ces mots, continue de spéculer autour des textes, de tous les types d’écrits, dudit auteur, et non de l’auteur lui-même, ce qui ne lui rapporte rien, strictement rien financièrement parlant – ce qui rassure quant à la santé mentale dudit auteur – mais fait tout de même connaître son nom. La gloire ne s’improvise qu’en partie dit-on.


Proposition n°5 –
L’art dans les chapelles c’est un baquet dans une Abarth 500 (2) (voir les deux photos ci-dessous).
Document #1 : l'extérieur et l'habitacle d'une Abarth 595 Competizione (2011), ici.


Proposition n°6 –
Un dialogue impromptu.
— Lui ? C’est une planche à billets.
— Mais lui plait-il de prendre le ticket au taquet de la machine, sans patin ?


Proposition n°7 –
Projettons-nous en 2050 et prédisons, pratiquement à la manière, par exemple, dont les démographes prédisent le nombre d’habitants de la planète, qu’en admettant que le système mondial des banques centrales actuel demeure peu ou prou en l’état à cette date projetée et prédisons que la base monétaire mondiale sera alors de mille milliards de mille milliards de mille sabords. Cela signifierait, toutes choses égales par ailleurs, que le monde de 2050 serait un juste clone de celui d’aujourd’hui.
Éclairons cette propostion d’une scolie de Patrick Artus. Lors d’un colloque du 19 octobre 2009 intitulé Quel système monétaire international pour un monde multipolaire ? alors qu’il était directeur des études à Natixis et professeur à l’école polytechnique, il aurait déclaré (3) : « la base monétaire mondiale (c’est-à-dire la taille du bilan de toutes les banques centrales mises ensemble, la quantité d’actifs que toutes les banques achètent pour créer de la monnaie) dépasse aujourd’hui 11 000 milliards de dollars, soit plus de 20 % du PIB mondial. Il y a vingt ans, le bilan des banques centrales atteignait environ 5 % du PIB mondial… ce qui permettrait de dire qu’il y a quatre fois plus de monnaie qu’il y a vingt ans ! ».


Proposition n°8 –
Sans fioritures, la chaîne alimentaire d’un abricot équivaut à celle d’un pot de yaourt.


Proposition n°9 –
La politique de l’enfant unique adoptée en Chine sous Deng Xiaoping avait pour objectif premier mais inavoué car demeuré crypté de lutter contre la jalousie entre frère(s) et sœur(s).


Proposition n°10 –
Pour faire valoir ses droits à la retraite, faut-il faire preuve d’une confiance pour partie aveugle en la perpétuation – actualisable – d’un refuge toujours possible dans l’être ?


Proposition n°11 –
« Œil pour œil, dent pour dent » : cette formule, plus connue sous le nom de Loi du Talion contient trois égalités : un œil pour un œil, une dent pour une dent ainsi qu’une troisième que nous expliciterons ainsi : un œil pour un œil est une dent pour une dent. En admettant qu’elle ait représenté une « évolution positive » (4) (avant son établissement, la vengeance avait pour réputation et coutume d’être plus sévère que l’action qui l’avait déclenchée), cette loi, dont une version dérivée et chrétienne – un tantinet vicieuse – serait peut-être l’histoire de tendre la joue gauche lorsque l’on vous frappe la droite, ainsi que ses dérivés occidentaux modernes se dilueraient peut-être parmi les drames bas de plafond occasionnés par l’égalitarisme sommaire du siècle passé une fois passée à l’essorage de la comptabilité en partie double. Pour tenter de s’en convaincre peut-être suffirait-il de lire l’étonnant Christie Malry Own Double-Entry de B.-S. Johnson dont une glose est disponible à l’adresse suivante : http://d-fiction.fr/2011/06/exit-christie/ ou tentant de nous détenir.


Proposition n°12 –
Une citation extraite par Les inrockuptibles du 22.08.12 d’un entretien de Nelly Kaprièlian avec Philippe Djian, lequel y déclare : « le talent, ça n’a jamais fait de grands écrivains, ça permet juste de donner le change, de briller un peu ». S’il faut « briller pour brûler » alors rendez-vous au bureau de change le plus proche de chez vous. Et si jamais liquide vous manque, attendez la première pluie venue ou le déluge sinon volez ou pillez qui vous voulez.


Proposition n°13 –
Un premier roman ne laisse nulle place à autre chose qu’un deuxième roman, un troisième roman ou ainsi-de-suite, de même qu’un premier livre laisse la place à un éventuel deuxième livre, de même qu’un grand livre appelle un livre (certains ou certaines préfèrent « mauvais » sinon « petit » livre) et inversement. Supposons ici que la littérature sorte, dans la mesure de ses moyens, de l’économie capitaliste soit qu’elle existe d’abord comme littérature et comme pensée de la littérature ayant pris la mesure du capitalisme. Alors c’est demain la veille. Manitenant nous y sommes, vous y êtes.


Art et argent, une annexe par-dessus, par-dessous le marché


Il s’agit dès à présent de penser une « nomie » entre le capitalisme et l’art ou la littérature du moment. Sans doute obtiendrons-nous une « équation » prodigieuse, un art et une littérature congédiants ou remerciants nos êtres capitalistes mais, surtout, un art ou une littérature nouvelle.



(1) Article Comptabilité en partie double de Wikipédia : « La comptabilité en partie double a été codifiée par Luca Pacioli à la fin du XVe dans le traité de comptabilité Tractatus XI particularis de computibus et scripturis publié à Venise en 1494 ».
(2) L’Abarth 500 est la déclinaison Abarth de la Fiat 500. Pour plus de renseignements, voir l’article Wikipédia sur Abarth (http://fr.wikipedia.org/wiki/Abarth) et celui sur la Fiat 500 (http://fr.wikipedia.org/wiki/Fiat_500).
(3) L’auteur de ces lignes a trouvé cette citation et cette référence sur internet sans effectuer un recoupement journalistique validant cette information.
(4) Dont on se garde bien ici d’expliciter tant, à ce stade… rien n’est moins certain !


02.09.2012

Contribution 9


1 7 7
Ou comment faire échouer un dix


Si les sous-titres, lorsqu’ils brillent par leur absence, peuvent être à chercher ou trouver dans le sous-texte c’est-à-dire dans les images, alors l’art appliqué à une relance est une dépense.


One seven seven

alt : http://chrematistique.fr/files/20120902%20125924.mp3





17.11.2013

Le Train (pdf)




Pas de panique à l'ONU v0 (pdf)




Plan de la Reserve Naturelle (pdf)




E.L.E. v3 (pdf)