Rémi Roye

Jésus leur disait encore cette parabole :
Il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs, et leur remit ses biens. Il donna cinq liasses à l'un, deux à l'autre, et une à la troisième, à chacun selon sa capacité. Il leur dit : «Vous avez toujours les pauvres avec vous, mais vous ne m'avez pas toujours.» Et il partit. Aussitôt celui qui avait reçu les cinq liasses s'en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres liasses. De même, celui qui avait reçu les deux liasse en gagna deux autres.
Et celle qui n'en avait reçu qu'une alla faire un creux dans la terre, et cacha l'argent de son maître.
Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte. Celui qui avait reçu les cinq liasses s'approcha, en apportant cinq autres liasses, et il dit : «Seigneur, tu m'as remis cinq liasses; voici, j'en ai gagné cinq autres.» Son maître lui dit : «C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître.» Celui qui avait reçu les deux liasses s'approcha aussi, et il dit: «Seigneur, tu m'as remis deux liasses; voici, j'en ai gagné deux autres.» Son maître lui dit : «C'est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître.» Celle qui n'avait reçu qu'une liasse dit : «Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n'as pas semé, et qui amasses où tu n'as pas vanné ; j'ai eu peur, et je suis allée cacher ta liasse dans la terre; mais j'avais dix billets, et j'en avais perdu un, alors j'ai allumé une lampe, j'ai balayé la maison, et j'ai cherché avec soin, jusqu'à ce que je le retrouve! Lorsque je l'ai retrouvé, j'ai appelé mes amies et mes voisines, et dit : Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé le billet que j'avais perdu! Voici, prends ce qui est à toi.» Et elle s'approcha, ayant pris une livre d'un parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds du maitre, et lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de l'odeur du parfum.
Celui qui avait reçu les dix liasses dit : «Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum trois cents euros ?» Son maître répondit: «Servante méchante et paresseuse, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que j'amasse où je n'ai pas vanné ; il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt. Ôtez-lui donc la liasse, et donnez-la à celui qui a les dix liasses. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a.»
Mais le serviteur qui avait reçu les onze liasses lui répondit : «Seigneur, laisse-lui les billets encore cette année, le temps qu'elle bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donneront-t-ils du fruit à l'avenir. Sinon, tu les donneras aux pauvres.» Il disait cela, non qu'il se mît en peine des pauvres, mais parce qu'il était voleur, et que, tenant la bourse, il prenait ce qu'on y mettait.