Aristote – Métaphysique 981a24

981a24-981b8.

ἀλλ᾽ ὅμως τό γε εἰδέναι καὶ τὸ ἐπαΐειν τῇ [25] τέχνῃ τῆς ἐμπειρίας ὑπάρχειν οἰόμεθα μᾶλλον, καὶ σοφωτέρους τοὺς τεχνίτας τῶν ἐμπείρων ὑπολαμβάνομεν, ὡς κατὰ τὸ εἰδέναι μᾶλλον ἀκολουθοῦσαν τὴν σοφίαν πᾶσι: τοῦτο δ᾽ ὅτι οἱ μὲν τὴν αἰτίαν ἴσασιν οἱ δ᾽ οὔ. οἱ μὲν γὰρ ἔμπειροι τὸ ὅτι μὲν ἴσασι, διότι δ᾽ οὐκ ἴσασιν: οἱ δὲ τὸ διότι [30] καὶ τὴν αἰτίαν γνωρίζουσιν. διὸ καὶ τοὺς ἀρχιτέκτονας περὶ ἕκαστον τιμιωτέρους καὶ μᾶλλον εἰδέναι νομίζομεν τῶν χειροτεχνῶν καὶ σοφωτέρους, [981β] [1] ὅτι τὰς αἰτίας τῶν ποιουμένων ἴσασιν (τοὺς δ᾽, ὥσπερ καὶ τῶν ἀψύχων ἔνια ποιεῖ μέν, οὐκ εἰδότα δὲ ποιεῖ ἃ ποιεῖ, οἷον καίει τὸ πῦρ: τὰ μὲν οὖν ἄψυχα φύσει τινὶ ποιεῖν τούτων ἕκαστον τοὺς δὲ χειροτέχνας [5] δι᾽ ἔθος), ὡς οὐ κατὰ τὸ πρακτικοὺς εἶναι σοφωτέρους ὄντας ἀλλὰ κατὰ τὸ λόγον ἔχειν αὐτοὺς καὶ τὰς αἰτίας γνωρίζειν.

« Toutefois nous pensons d’ordinaire que le savoir et la faculté de comprendre appartiennent plutôt à l’art (tekhnè) qu’à l’expérience (empeirias), et nous considérons les hommes d’art comme supérieurs aux hommes d’expérience, la sagesse (sophia), chez tous les hommes, accompagnant plutôt le savoir (eidenai) : c’est parce que les uns connaissent la cause et que les autres ne la connaissent pas. En effet, les hommes d’expérience connaissent qu’une chose est (to oti) mais ils ignorent (men isasin) le pourquoi (dioti) ; les hommes d’art savent à la fois le pourquoi et la cause (oi de to doiti kai tèn aitian gnôrizosin). C’est pourquoi nous pensons que les chefs (arkhitektonas), dans toute entreprise, méritent une plus grande considération que les manœuvres (kheirotekhnès) ; ils sont plus savant et plus sages parce qu’ils connaissent les causes de ce qui se fait (oti tas aitias tôn poiouménôn isasin), tandis que les manœuvres sont semblables à des choses inanimées (apsukhôs) qui agissent (poiei), mais sans savoir ce qu’elles font (men, ouk eidota dé poiei a poiei), à la façon dont le feu brûle (oion kaiei to pur) ; seulement, les êtres inanimés (apsukhos) accomplissent chacune de leurs fonctions en vertu de leur nature (phusei) propre, et les manœuvres par habitude (tous de kheirotekhnas di’ éthos). Ainsi, ce n’est pas l’habileté pratique (praktikous) qui rend à nos yeux, les chefs plus sages, mais c’est qu’ils possèdent la théorie (logos ekhein) et qu’ils connaissent les causes (kai tas aitias gnôrizein).