DOC.01.SOMMAIRE

SOMMAIRE

(2012-2015)

I. Les expositions.

À ce jour trois expositions ont été réalisées : la première a consisté à exposer une vitrine emplie d’objets de plus ou moins de valeur (Chrématistique I, 360 m3, Lyon, juin-août 2012), la deuxième a consisté à exposer une autre vitrine (Chrématistique II, Galerie Scheideker, cur. G. Lang, Paris, avril-mai, 2013), la troisième a consisté à transformer l’ensemble des documentations, des textes, des images et des œuvres produites pour Chrématistique en un fonds rendu disponible le temps d’une exposition au cneai et ensuite légué à ce même centre d’art (Chrématistique III, cneai=, Chatou, juillet-novembre 2014).

Chacune de ces expositions est fondée sur l’expérience de ne pas désirer faire d’exposition, parce que ce principe maintient toujours une séparation radicale entre la forme comme aspect, le fond comme contenu et l’usage. La privation essentielle et matériel de l’usage et le maintien d’une séparation radicale et idéologique entre l’aspect et l’impossibilité d’être rendu à l’usage, ouvre à l’impossibilité de faire une exposition. C’est pour cette raison que la somme des recherches est montrée comme fonds et que ce fonds est légué à la gestion du musée, présupposant que son travail consiste en la mise à disposition des fonds de recherche et de documentation. C’est enfin pour cette raison que nous avons ouvert le projet Le Comptoir qui consiste à recevoir des gens à dîner autour d’un sujet de discussion.

II. Les contributeurs.

Trente-sept contributions ont été publiées et rassemblées dans une premier édition PDF. Elles ont rassemblé des interventions d’artistes, de théoriciens, de critiques, de commissaires d’exposition et d’écrivains.

Nous avons encore rassemblé nombre de textes de théories que nous avons réédité et retraduits pour certains (ressources).

Pour la deuxième partie du projet Chrématistique trente nouvelles contributions sont publiées sur le nouveau site du projet. Ces contributions agencent une nouvelle manière de penser la Chrématistique. Il est alors possible de commencer à faire ce que nous nommons un état des stocks. Il consiste à commencer à repérer les lieux à partir desquels les contributeurs ont pensé leur travail de recherche et il consiste à commencer à penser les relations philologiques entre chacune d’elle.

Parmi les contributeurs, ceux qui revendiquent un statut d’artiste ont soit directement donné de la documentation relative à leur travail, soit ils ont rapporté des anecdotes relatives au rapport qu’ils entretiennent avec l’économie marchande de l’œuvre, soit encore ils ont livré des pièces strictement relatives au projet Chrématistique : c’est le cas du film parodique d’A Constructed World sur la Parabole des talents, c’est le cas du travail de Julie C. Fortier qui réalise le premier parfum Odeur de l’argent, c’est le cas de Ronan Lecreurer qui réalise des collages à partir de billet de banquets, c’est le cas de Dieudonné Cartier qui réalise un complet rapport d’activité à partir d’une expérience de plus-value et d’une réflexion sur l’économie générale de l’œuvre, etc.

Parmi les critiques, il s’agit souvent de modes d’enquête sur l’art, sur les modes d’archive, sur les relations établies contractuellement ou non entre les personnes qui déterminent, qui valident et qui assurent l’économie de l’œuvre.

Nous avons encore rassemblé nombre de philosophes afin de rassembler une somme de propositions théoriques autour de la question de l’économie de l’œuvre. Il s’agit de faire la somme des propositions que les contributeurs ont livrées. Tentons pour le moment de rassembler l’ensemble des contributions en six grands mouvements :

         1. PROCESSUS DE RASSEMBLEMENT / ARCHIVES / ARCHIVES VIVANTES

Ce processus est au cœur de presque tous les travaux proposés par les artistes et les théoriciens qui ont été invités. Il est particulièrement évident dans le travail de Giuseppe Di Liberti qui propose des remarques sur les méthodologies proposées pour penser les archives et les relations que l’art y entretient. C’est encore le texte de Jean-Baptiste Carobolante sur le photographe Luigi Ghirri et qui propose une interprétation de l’économie de l’image à partir d’une traduction du terme grec logos comme cueillette. C’est aussi le travail de l’artiste Valère Mougeot sur la comptabilité infinie de la lettre et du verbe chez Stéphane Mallarmé.

  2. LE NON-DUALISME

Cette thèse, essentielle au propos général du projet, est soutenue aussi bien par Alessandro De Francesco, Antoine Dufeu et Fabien Vallos. Elle consiste à se séparer d’une pensée archaïque qui aurait tendance à toujours vouloir affirmer une opposition entre être et existence, entre réalité et virtualité, entre théorie et agir, entre agir et poièsis, entre réel et poièsis. Notre modernité affirme la possibilité d’un non-dualisme en tant qu’il est, cette fois une prise en compte du geste même du poète et, en tant qu’il est résolutoirement une production, c’est-à-dire une saisie du réel. Dès lors pour la pensée moderne il ne s’agit pas de penser encore la problématique valeur de la représentation mais bien plutôt la gestion du geste poétique comme pro-duction. Pour le dire autrement, il s’agit de lire, d’observer et de penser que la crise majeure de la poétique moderne a consisté et consiste encore à récupérer ce qui a été ôté à la poièsis, la responsabilité, au sens où il faut entendre ce terme comme re-spons-abilité, comme ouverture infinie à la possibilité de l’expérience des langages.

                  3. LE CHIFFRE ET LA LETTRE : THÉORIE DE LA COMPTABILITÉ

Cette thèse est essentiellement soutenue par Antoine Dufeu et Fabien Vallos. Elle consiste assez simplement à relever le fait que poésie et économie compte. L’hypothèse ici soutenue est qu’économie et poésie, en somme, fonctionnent de la même manière. Mais cette même manière est une contrainte ontologique forte imposée à la poésie. C’est précisément pour cette raison qu’il est alors possible de dire qu’il y a une modernité poétique et qu’en tant que telle le poétique est un art récent, puisque ce que nous nommons modernité aura consisté à faire en sorte d’arrêter de compter, ou d’arrêter de savoir compter (la parataxe hölderlinienne) ou de rendre le comptage insignifiant (le processus mallarméen).

                                           4. CHRÉMATISTIQUE & ÉCONOMIE

Ceci constitue le fond du projet de cette recherche. Le point de départ a consisté à tenter de comprendre l’usage du terme chrématistique dans la pensée grecque et l’usage du terme économie qui le remplaça. Pour cela nous avons réalisé une grande enquête autour de ces questions en constituant une documentation (ressource) et une archéologie critique du concept (livre I). Nous avons établi que la différence substantielle entre les deux termes résidait en un problème d’interprétation de la gestion, du prélèvement en monde (pour la chrématistique) et de la propriété (pour l’économie). À partir de cela ont été invités des artistes et des théoriciens à en montrer la modernité et les conséquences.

                                                  5. ONTOLOGIE MODERNE

Pour un grand nombre des contributions de ce projet de recherches, il s’agit de penser ce que signifie, pour nous modernes (c’est-à-dire nous qui faisons l’épreuve d’être modernes sans modernité), le concept d’abaissement des contraintes. C’est bien sûr le propos de Tristan Garcia, celui de Pierre-Damien Huyghe, d’Alessandro de Francesco, de Fabien Vallos. Que signifie pour nous un monde ou l’ontologie a été aplatie afin d’abaisser le niveau des contraintes ? Dès lors qu’en est-il de nos modes d’existences (c’est précisément ce qu’il incombe de penser à partir du tournant et de ce que nous appelons la chrématistique) et qu’en est-il de nos modes de production (c’est précisément ce que nous essayons de penser avec le concept de poièsis).

                                              6 LE CONCEPT DE POIÈSIS

Poièsis est un concept que nous proposons pour penser la modernité de l’œuvre qui ne peut plus être à penser de manière qualitative comme œuvre dite d’art mais de manière adverbiale, c’est-à-dire, en tant qu’il est possible de le saisir de manière poiètique. Pour cela nous devons passer par une interrogation qui consiste à penser ce que signifie la disqualification. La teneur de ce poiètique est le chantier qui est constamment ouvert par ce projet.

III. Les  livres

Ils sont au nombre de six : quatre écrit par Fabien Vallos, un par Jérémie Gaulin et le cinquième écrit par Jérémie Gaulin et Fabien Vallos. Ils tentent de proposer une réflexion sur l’archéologie du concept de chrématistique, l’archéologie du concept d’économie de l’œuvre et enfin sur une interprétation possible du concept de poièsis.