txt.01.01 – opérativité

 Glose n° 01 sur le concept d’opérativité

 L’opérativité signifie ici l’interprétation de la puissance particulière (énergéia) en tant que mise en œuvre d’un mouvement en vue de produire. Ce mouvement en vue de produire est ce que nous nommons pro-duction ou encore ce que nous nommons poièsis. Opérativité est à la fois cette mise en œuvre et son interprétation.

Ce que nous nommons philosophie et métaphysique n’est pas autre chose que l’interprétation de l’ontologie et de l’interprétation de la finalité de cette opérativité singulière.

La pensée occidentale a donc toujours fait l’effort de catégoriser avec rigueur ce que nous pouvons nommer ici mise en œuvre. En tant que telle elle a été soit pensée à partir de la valeur singulière de l’être comme capacité à produire, soit à partir de la capacité même de l’être à obéir à l’ordre de produire. Ceci constitue les deux schémas opposés, entre l’être de la volonté et l’être de la servitude volontaire. On peut dater les phases d’accomplissement de ce choc en trois crises majeurs et encore irrésolue : celle de l’effacement du monde antique polythéiste et morale (que nous daterons du IV° siècle), celle de l’effacement du premier monde chrétien au profit de la singularité libérale, technique et autoritaire (ce que nous nommerons Renaissance comme renascita romanitatis, première modernité) et enfin celle de la sécularisation de cette crise dans l’affirmation de la singularité absolue et transcendante (que nous pouvons dater de 1790 à 1944). Pour le reste, un autre temps de l’après modernité, s’est installé depuis, sans que se règle la crise d’interprétation de l’opérativité.

Il faut cependant constater que la crise irrésolue entre la volonté singulière et la servitude volontaire, en tant que crise de l’histoire occidentale, trouve un fond commun silencieux, celui de partager une ontologie de la gouvernance. Il faut par ailleurs penser que la contribution essentielle de Giorgio Agamben a consisté à réaliser une généalogie de l’opérativité et de montrer alors la viduité du fondement ontologique de la gouvernance et du commandement.

Pour le dire autrement, tandis que la pensée (la philosophie et la théologie) s’occupe d’interpréter et de catégoriser les aspects de la l’opérativité (les causes et les conséquences, c’est-à-dire la métaphysique) la puissance politique et morale affirme une forme de gouvernance (valeur et ordre) fondée, dans l’un et l’autre cas, sur la confusion volontaire des termes commencement et commandement tels qu’ils sont pensés dans le terme grec arkhè. En gros ce qui commence commande : il faut alors mettre tout en œuvre pour fonder une autorité sur la certitude de ce qui a commencé. L’ontologie de la gouvernance est fondée sur l’origine autant que ce qui origine, mais n’est pas fondée sur ce que nous pourrions nommer un usage.

L’interprétation de la pro-duction est alors systématiquement liée à la nécessité d’en transformer les usages en valeurs et devoirs. L’achèvement de ce système est ce que nous nommons capitalisme en tant qu’il réussit à faire éprouver le désir d’une séparation de toute interprétation de l’usage et de la production.

Nous avons, à la suite de Giorgio Agamben, amorcé une généalogie de l’inopérativité en tant que possibilité de la non mise en œuvre (elle s’est élaborée à partir d’une théorie de la fête, d’une théorie de la négligence et pour finir d’une théorie critique de l’œuvre). L’inopérativité permet alors, non de retourner le principe hypostatique de l’agir, mais d’en figurer une forme de tournant : c’est-à-dire de ne pas regarder les aspects de l’agir de la même manière. C’est ce que nous nommons la tâche de la philosophie dans ce qui pourra alors être une nouvelle modernité critique.