txt.03.01-02 – pharmakon

 Glose n° 4.1 sur le concept de pharmakon

Le texte «La relation silencieuse entre le don et la dose» a été publié dans la revue Pharmakon, 2014. (pdf du texte)

Glose n° 4.2

Admettons ici que le terme pharmakon, signifie simplement une relation de mesure de la saisie du réel et de la réalité en vue de faire tenir le vivant dans la vivabilité. C’est pour cette raison qu’il signifie à la fois le remède et le poison, en ce que, en fonction de la dose, il altère plus ou moins la vivabilité.

Ce qui se nomme pharmakéia sera alors l’ensemble des entreprises de production des systèmes de l’altération.

Glose n° 4.3

La constitution d’une archéologie de l’œuvre doit passer par une archéologie de ce que nous nommons une relation silencieuse. La pharmakéia est le maintien de la relation silencieuse entre le don et la dose. La philosophie est le regard vigilant sur cette pharmakéia.

La pensée occidentale commence dans une double crise, lorsqu’est énoncé que nous entrons désormais dans le temps de la séparation entre les hommes et les dieux (c’est la première krisis, Hésiode, Théogonie, 535) et lorsqu’est énoncé que la poièsis est une pharmakéia (Platon). Double crise en ce sens que le monde qui nous occupe est fondé sur la possibilité d’une double séparation de l’être d’avec le divin et d’avec le réel. La philosophie est précisément l’observation et l’analyse de ce regard étonné sur le monde en tant qu’il peut être séparé et détaché des formes de l’origine. Cependant l’être n’en est pas conceptuellement et ontologiquement détaché, mais il l’est seulement mythologiquement. Pour assumer cela il faut faire en sorte que commencement et commandement soit liés au point d’affirmer une gouvernance des rapports, désormais séparés, avec le divin et le réel. C’est ce que nous nommons le sacré, le religieux et le politique. Autrement dit l’entreprise de la pensée occidentale aura été et est de nous déresponsabiliser de tout rapport à la métaphysique en vue de laisser advenir comme des êtres du confort et de l’ininquiètude.

Le regard étonné sur le monde (comme relation du réel à la réalisation) est nommé thauma par les grecs (Martin Heidegger, Séminaire du Thor, 6 sept. 1969). L’observation de ce monde et de ces crises est nommée philosophie.

Et plus particulièrement le début de la philosophie pensée en ce sens, s’initie avec Platon. L’œuvre de Platon est essentiellement une mise en garde sur ce qui est nommé pharmakéia, en tant qu’industrie des produits de l’altération. Ce qui est au cœur de cette entreprise se nomme à la fois théama et poièsis, en grec, ritus et ars en latin, c’est-à-dire ritualisation et art. Il y a en ce sens une généalogie extrêmement évidente dans la pensée occidentale du regard vigilant porté sur la pharmakéia.

Le christianisme aura été cette phase, extrêmement radicale, puis politique, de réconciliation de l’être avec le divin et avec la poièsis comme pacte d’obéissance. L’être dans l’économie divine et christique doit pouvoir expérimenter une non séparation d’avec le divin et le réel poiètique de ce divin mais dans un pacte absolu de l’obéissance. Rituel et poièsis sont alors absorbés dans la gouvernance, dont le modèle est l’œuvre de Dieu, l’opus Dei.

L’achèvement du christianisme métaphysique (en christianisme politique pour le 16° et en christianisme économique pour le 19°) a été, en tant que modernité philosophique la possibilité de repenser la séparation. La philosophie moderne, depuis Kant, jusqu’à la philosophie et la métaphysique contemporaines, semblent être l’épreuve de cette vigilance absolue de la pharmakéia. Ce que nous nommons alors une pensée critique de la poièsis consiste précisément en l’observation des manières avec lesquelles nous entendons l’épreuve de l’opérativité et l’épreuve de la tenue possible de l’être en monde.

Glose n° 4.4 documents

Platon, Phèdre (texte en grec) (texte en français)

Jacques Derrida, La Pharmacie de Platon (texte)

Michel Foucault, Le courage de la vérité (séminaire)