txt.03.06 – forme & arkhè

Glose n° 7 sur la relation silencieuse entre la forme et l’arkhè

Nous émettons l’hypothèse qu’il existe une deuxième relation, silencieuse, entre la forme et l’arkhè. Si la première relation silencieuse est celle entre le don et la dose, comme entreprise de l’altération et ontologie de la doxa, la deuxième est celle entre la forme et le commandement comme entreprise de justification de la gouvernance fondée sur l’ontologie de l’arkhè (commencement et commandement).

Elle est impensée et silencieuse parce qu’elle doit être maintenue comme le cœur de la machine gouvernementale et mythologique.

Il nous faut alors procédé à une définition des deux termes : si forme énonce ce qui à la fois fixe, caractérise et règle, l’arkhè, quant à elle énonce le commandement. Cependant pour que le commandant puisse avoir lieu il doit pouvoir s’affirmer et se maintenir comme guide. Pour cela il a besoin de figures et de formes de références qui lui assurent cette stabilité.

C’est précisément pour cette raison que toute les gouvernantes réclament pour l’arkhè l’autorité absolue d’une forme : les instruments métonymico-symboliques du pouvoir, la figure de la loi (comme symbole), le trône vide, le figmen, le sébas, la croix, le concept de morphè pour la chrétienté (Épitre aux Philipiens, 2.7 : morphè doulou labon, il (Dieu) prend forme de serviteur). etc.

Cependant le problème majeur aura été (désormais il ne peut plus réellement advenir) que la philosophie elle-même sente la nécessité d’un recours à cette relation silencieuse. C’est par exemple, le paradoxe de la pensée platonicienne. S’il est en même temps celui qui met en garde contre la pharmakéia, il est aussi celui qui défend la nécessité d’un recours à la forme comme éidos, c’est-à-dire la forme dans sa puissance matricielle, celle qui ne produit, en soi, aucune altération.

Le problème essentiel de la philosophie a été cet acharnement à hypostasier la forme comme matrice. Le problème de la politique est d’avoir utilisé cette hypostase pour affirmer – comme devoir – qu’il est nécessaire de s’y conformer et d’y être, le plus possible, semblable. Ceci est le cœur de la relation silencieuse entre forme et arkhè.

Il est dès lors parfaitement aisé de lire et de comprendre dans les deux mille cinq cents ans de philosophie la tenue critique de ce paradoxe qui consiste donc, à la fois, à maintenir une vigilance sur la pharmakéia, et en même temps à instituer l’hypostase de toute forme en matrice : l’éidos platonicien, la dunamia aristotélicienne, l’officium cicéronien… plus récemment le se représenter à soi (cogito) cartésien, l’impératif kantien, l’absolute Geist hégélien, le matérialisme historique marxiste, etc.

Ce qui est nommé le tournant est la désarticulation de cette relation silencieuse.